Souvenir de voyage en Ariane bien sympathique.
Philou
Bernard D....., qui réside à Dombale sur Meurthe, nous a envoyé ces quelques souvenirs de la route des vacances, entre la Bourgogne et la Côte d'Azur. Son texte est intéressant, car ses parents empruntaient la Route Napoléon, c'est à dire par Bourg (Ain) et Grenoble (Isère) : les N75 et N85, au parcours plus accidenté et sinueux que les traditionelles N6 et N7...
1956. Du haut de mes dix ans, le départ en vacances était attendu : on en parlait depuis début Juin...
Enfin Juillet : la veille mon père avait fait faire la révision de la Simca Ariane familiale : une jaune à toit noir. Cette année là, on avait la radio : un transistor Radiola relié à une antenne de goutière du toit. C'était Byzance : on allait pouvoir écouter en roulant Lucien Jeunesse et le jeu des mille francs !
Sept heures du matin, coffre plein -heureusement, sur l'Ariane il était vaste- nous quittions Autun pour rejoindre La Bocca où mon oncle et sa famille nous attendaient pour un mois de plage, de coups de soleil et de glaces à l'eau... Le pique-nique de midi dans un panier en osier nous séparaient, ma soeur et moi, sur la banquette arrière. Encore engourdis de sommeil, nous passions Chalon sur Saône, Mâcon pour obliquer vers Bourg en Bresse, impatients de s'arrèter à Morestel pour acheter dans une petite boulangerie de savoureuses tartelettes au citron sans lesquelles la magie du voyage n'aurait pas été au rendez-vous...
Avant la pause méridienne, on voyait défiler, souvent derrière des camions que le valeureux mais malingre moteur Simca avait bien du mal à dépasser, Les Abrets, Voiron, Grenoble, puis Gap, après une pause déjeuner sur l'herbe avant qu'une douce somnolence nous entraine vers Sisteron -Ah les premières cigales!- puis les successions de virages émaillant le parcours vers Digne, Castellane et St Vallier de Thiey où ma soeur et moi nous nous haussions déja sur la banquette pour savoir qui, de nous deux découvrirait le premier la mer tant convoitée... Notre mère redoutait les virages et les précipices de la Clue de Taulanne, heureusement elle n'avait pas oublié ses comprimés de Nautamine pour le mal de voiture...La chaleur et les parfums entraient par les quatre vitres ouvertes de la voiture, la fatigue se faisait sentir en traversant Grasse.
Enfin, la mer apparaissait, scintillante, en cette fin d'après midi, Mandelieu puis la Bocca, terme du voyage où s'ouvrait le portail de la villa : la vaillante Ariane sentait un peu l'huile chaude et les garnitures de frein. Il fallait encore vider le coffre aux senteurs de melon, reliefs du repas de midi : les vacances pouvaient commencer...
« Papa, tu gonfles nos bouées s'il te plaît, pour la plage demain matin ? »