Capitale du parapluie
Aurillac et la longue histoire de l'industrie du parapluie
De nombreuses villes en France ont une spécialité : le nougat à Montélimar, les gants à Millau, et le parapluie… à Aurillac. Mais pourquoi la cité cantalienne est-elle devenue la « capitale » du parapluie ?
Rien ne prédisposait la ville d'Aurillac à devenir la capitale du parapluie. Son taux de pluviosité, contrairement à l'image répandue, n'a rien d'exceptionnel, et son niveau d'ensoleillement sur l'année est supérieur à la moyenne nationale.
Depuis que le parapluie a fait son entrée à l'académie française et que le mot a trouvé sa place dans le dictionnaire, en 1718, un siècle se passe sans que l'on trouve la moindre trace de sa fabrication en Haute-Auvergne.
Ni les rôles d'industrie qui ont précédé la Révolution, ni les recensements qui ont suivi, ne livrent d'indications sur les premiers marchands de parapluies.
Ces ouvriers sont économes, précise le préfet, ils ne vivent que de pain et de légumes
C'est dans un état de l'émigration des colporteurs de l'arrondissement de Mauriac vers les départements intérieurs, établi en 1807, que l'on trouve l'existence des premiers marchands de parapluies recensés au côté des savetiers, cordonniers ambulants et maîtres chaudronniers. Le préfet du Cantal commentait qu'après s'être longtemps livrés à des travaux pénibles, les hommes laborieux substituaient au travail des bras celui des négoces d'un autre genre et citait les faiseurs de parapluies.
A la même époque, dans une note sur l'émigration en Tarn-et-Garonne, le préfet de ce département citait les marchands de parapluies et de parasols originaires du Cantal : « Ces ouvriers sont économes, précise le préfet, ils ne vivent que de pain et de légumes ». Les émigrants quittaient leur village le 1 er octobre après les semailles pour n'y revenir qu'en juin. « Ils reviennent tous les ans, notait le préfet, leur départ et leur retour sont aussi réguliers que ceux des oiseaux migrateurs ».
Une trentaine de « riflards »
D'après les passeports délivrés, le nombre d'émigrants de Haute-Auvergne des trois arrondissements, Aurillac, Mauriac et Saint-Flour recensés entre 1807 et 1812 s'élevait à 9.127, sans compter, et ils étaient nombreux, ceux qui émigraient sans passeport. Ce n'est pas l'esprit aventurier qui guidait de nombreux habitants à émigrer temporairement, c'est l'oisiveté et la pauvreté et le besoin de se procurer la subsistance de leur famille.
Il imitait le cri du pivert, l'oiseau de la pluie…
Au début du XIX e siècle, le Cantal côtoyait huit autres départements du centre de la France dans une zone de grande pauvreté. L'Aveyron, la Corrèze, la Haute-Loire, la Creuse… Les colporteurs de Haute-Auvergne suivaient le cours de l'émigration, sillonnaient la province et battaient le pavé parisien. Avant de devenir marchands, ils étaient faiseurs de parapluies et réparateurs. Ils se fournissaient également auprès de « parapluitiers » parisiens qui assemblaient des mâts et des carcasses pour les habiller ensuite au goût de leur clientèle.
L'ancêtre de ces négociants portait les parapluies en bandoulière. Il pouvait transporter ainsi une trentaine de « riflards » qu'il écoulait sur son périple jusqu'à l'étranger. L'arrondissement de Mauriac comptait de nombreux émigrants en Belgique, dans la région wallone. Ils exerçaient le métier de marchands et autant qu'ils le pouvaient de fabricants de parapluies.
Comme ses frères d'infortune, très tôt, Alexandre Periez, originaire de Marmanhac avait commencé à voyager comme son père qui réparait des ustensiles de cuisine. Il s'installa chez son cousin, à Partenay dans les Deux-Sèvres, où il courait les marchés et allait de maison en maison, avant d'ouvrir un magasin à Bessuires, puis de tenter sa chance à Paris.
Il vendait ou il achetait pour restaurer. Il raccommodait aussi. Le marchand de parapluies se doublait d'un météorologue avisé. Il avait été berger dans son pays. Il interrogeait les vents, observait la forme des nuages, leur altitude, leur contour. Lorsque le temps était menaçant, il annonçait la pluie. En marchant, il imitait le cri du pivert, l'oiseau de la pluie. C'était un mauvais présage pour le promeneur.
Il ne se bornait pas à la ville de Paris, il s'aventurait dans les environs. La route de Saint-Germain lui était familière. Comme enseigne, il avait un parapluie ouvert. Il logeait dans quelque faubourg. Un parapluie de bois et de tôle placé sur sa fenêtre indiquait son domicile. Après avoir longtemps voyagé, Alexandre Periez qui avait amassé quelques économies songea à s'installer à Aurillac, à acquérir un fonds de commerce et se lancer dans la fabrication.
De nombreux originaires du Cantal, de Marmanhac, de Neussargues, de Pleaux, de Riom-ès-Montagnes furent entreprenants. On retrouve plusieurs fabriques de parapluies fondées sur le passage des colporteurs.
:Philou: